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Le 8 décembre, 17 femmes du réseau associatif "Tissons la solidarité" -parrainé par Christian Lacroix- ont défilé au Musée des Arts Déco de Paris. De toutes générations ces mannequins d’un jour ont présenté avec fierté et émotion les vêtements qu'elles ont triés et cousus, à partir d'un dressing de seconde main ou d'invendus. Loin de l'effervescence de la fashion week, l'heure est à l'émotion.

Ces femmes en insertion, maquillées et coiffées par des pros, ont joué le temps d'un défilé les top-models d'un soir en blouson de cuir noir, en manteau de tweed col officier avec des manches rehaussées de pattes, en mini robe en lamé noir, en jupe plissée noire contrastée d'une rayure verticale rouge…

"Couturières, mannequins et vendeuses, cette collection est le fruit de six mois de travail de soixante personnes" explique Caroline Portes, la directrice de Tissons la solidarité. La collection La Griffe est un projet piloté par Emmanuel Aubry et parrainé par Christian Lacroix. Il s’agit de produire deux collections par an : travail d’équipe, respect du plan de collection et des fiches produits, qualité et objectifs de production, délais et calendrier de livraison. A la source de la Griffe se trouve l'Upcycling : la collecte et les dons auprès d’entreprises partenaires pour valoriser l’offre boutique par des vêtements neufs et de particuliers pour permettre un approvisionnement régulier.

Faire avancer la perception des gens sur l’insertion

"Ces femmes restent un an avec l’association généralement, elles font une formation vendeuse-retoucheuse pour avoir accès au monde du travail. C’est vrai quand on parle de salarié en contrat aidé, on a tendance à imaginer des gens qui n’ont pas de CV, qui sont loin de l’emploi. Pas du tout, aujourd’hui, on est en crise économique et l’emploi est aussi loin des gens. Ce n’est pas que les gens qui sont loin de l’emploi ! Il faut en tenir compte. Le but est de créer une formation qui soit conforme aux besoins des entreprises pour pouvoir être en réactivité et leur dire, voilà on a formé à vos besoins » insiste Caroline Portes.

"Il faut montrer sans préjugés ce qu’est notre travail, ce que sont ces femmes, qui elles sont, comment elles travaillent, pour nous c’est important" souligne, de son côté, Emmanuel Aubry. "Je pense qu’il y a beaucoup de travail à ce niveau là - de faire avancer la perception des gens sur les gens en réinsertion - ce n’est pas forcément les cas sociaux que l’on imagine" précise le designer responsable des ateliers couture.

 

"On a de très bonnes mains. Des femmes ont 30 ans d’ateliers couture"

"Je m’occupe de la partie style, de la partie formation couture et de l’appui technique sur la sous-traitance" explique Emmanuel Aubry dont le travail débute avec les fiches tri par rapport aux tendances. "Une première étape est l’établissement de fiches de tri (typologie de matières et couleurs). Je conditionne leur tri, on a besoin de manteau boule en laine en tweed gris, là tout le monde cherche partout en France. Débute, alors, le travail de recyclage. Puis j’édite les fiches de transformations, c’est-à-dire sur ce manteau, on va incruster une patte aux coudes, et là j’explique comment on monte la patte, dans quelle matière… je détaille la partie couture pour arriver à cette transformation… Une collection comprend une vingtaine de fiches de transformation. Toutes les structures vont faire la même transformation. Le manteau ne sera jamais le même mais ce sera la même transformation. J'obtiens, ainsi, une unité de collection sur toutes les structures avec lesquelles je ne travaille pas physiquement (uniquement par photo). Cela permet une variété au sein de la boutique comme les pièces sont de seconde main, je n’ai pas de séries".

"Entre les différents ateliers en France et au cœur même de ces ateliers, il y a des niveaux de compétence de couture différents. On a de très bonnes mains, Il y a des femmes, par exemple, qui ont fait 30 ans d’ateliers couture. L’idée est de pousser les gens pour que les choses avancent. Les vêtements sont transformés et mis en vente à des prix très accessibles dans les magasins du réseau. Donc, on a le lieu de tri (formation au tri et à la typologie du vêtement), l’atelier couture (formation aux notions de couture, de modélisme et perfectionnement des compétences individuelles) et la boutique (formation de vente) qui se situent dans le même atelier" précise-t-il.

 

Assurer un retour à l’emploi pérenne

Membre du Réseau Caritas France spécialisé dans l’univers du textile (collecte de vêtements, tri, couture et vente), le réseau TLS regroupe 75 structures d’insertion par l’activité économique au sein duquel évoluent 1900 salariés en insertion dont 83% de femmes de toutes générations. L’association a bâti une formation qualifiante dans la vente certifiée depuis 2014. Cette dernière est construite en collaboration avec le monde du luxe, en tenant compte des besoins des entreprises et du parcours professionnel des personnes.

 

Simultanément TLS a développé le concept de La Griffe qui permet aux salariés d’acquérir des compétences supplémentaires en couture et complémentaires à leur formation vente. L’idée est de professionnaliser les structures et de réduire les décalages qui existent avec la réalité de l’emploi et le contenu des formations.

Un livre retrace ce projet. Cet ouvrage revient, à travers des portraits de femmes ayant bénéficié de ces programmes, sur les actions du réseau. Grâce à la mise en avant des compétences des salariées, qui redessinent un autre visage de l’insertion par l’activité économique, se créent des rencontres inattendues entre les acteurs et les entreprises du secteur de la mode. Ce livre, mêlant textes et photos prises dans les ateliers Tissons la solidarité, se fait l’écho de ces échanges innovants entre l’économie sociale et solidaire et l’économie classique.

Par Corinne Jeammet

@CocoJeammet

Journaliste, responsable de la rubrique Mode de Culturebox