Customiser des vêtements, créer des accessoires: une activité valorisante après un parcours chaotique.

Aider des chômeurs à renouer avec l’emploi et à acquérir une qualification nouvelle, c’est l’objectif du réseau de chantiers d’insertion Tissons la solidarité. Les formations ambitieuses, l’alliance avec des marques célèbres, la création de leurs propres modèles permettent aux salariés une reconversion dans le secteur du luxe.

— MARION ESQUERRÉ  / HD 2 AU 8 MARS 2017
 

Agée de 35 ans, Delphine a connu de nombreuses expériences sans rapport avec son BEP secrétariat. Elle a bossé dans une friterie, vendu du vin par téléphone, fait le ménage dans une grande surface, etc.
« Mon premier gros travail était chez Domino’s Pizza. J ’y ai commencé hôtesse d’accueil et ai fini assistante manager. » Sa dernière période de chômage a duré un an et demi. Malgré sa polyvalence, trouver un emploi dans le bassin de Lens-Hénin (Pas-de-Calais) est difficile : le taux de chômage y oscille autour de 16,5 % depuis 2012.
Mais, en 2015, elle a rencontré l’association d’insertion liévinoise Vestali, qui lui a proposé un contrat aidé dans son atelier de repassage. Depuis, elle a obtenu un certificat professionnel de vendeuse—conseil en magasin.
Vestali anime un chantier d’insertion par l’activité économique dans le textile et la mode. Les salariés y travaillent à temps partiel et bénéficient en parallèle d’un accompagnement pour construire leur projet professionnel. « Participer à notre activité textile est un moyen de réintégrer progressivement le monde du travail, explique Hélène
Maréchal, directrice de Vestali. Mais rien ne les oblige à placer leur projet individuel dans ce secteur. »
Les 36 salariés en insertion (et 5 encadrants) de l’association récupèrent des vêtements, les revendent, proposent un service de repassage et de retouche et, au confluent de ces trois activités, produisent des créations et accessoires de mode à partir de vêtements recyclés, une activité valorisante et motivante quand on a été fragilisé par un
parcours chaotique. Il manquait à cette panoplie de métiers celui de vendeur-conseil en magasin.

AVEC L’EQUIPE DE CHRISTIAN LABROIX

C’est un projet mené par l’association-réseau Tissons la solidarité, qui permet depuis peu de combler ce besoin. Lancée en 2004 par le Secours catholique, cette structure fédère 70 chantiers d’insertion spécialisés dans le textile, dont Vestali. << Notre objectif est de tirer vers le haut l’image des chantiers et surtout de leurs salariés, explique Caroline Portes, directrice de Tissons la solidarité. Il y a beaucoup de préjugés. On oublie qu’avant de connaître le chômage, ils ont en général travaillé. Ils ont des compétences qu’il est important de revaloriser. » Tissons a noué des liens avec le monde de la mode et du luxe. C’est ainsi qu’est née «la Griffe », une gamme de prêt—à-porter pensée à partir de vêtements récupérés. Derrière cette marque conçue avec l’équipe du couturier Christian Lacroix, il y a des patrons reproductibles par tous les ateliers du réseau et surtout une formation de retouche axée sur la customisation textile, conçue avec et pour leurs salariés, qui sont ensuite évalués par un jury professionnel.
Dans le même esprit, Tissons a travaillé trois ans durant avec une autre grande marque de la haute couture à l’élaboration d’une formation de vendeur-conseil en magasin. La toute première session a été organisée au sein de l’association Vestali, en 2016. Trois autres
sessions sont prévues ailleurs en 2017. En 300 heures d’une formation pointue, sept stagiaires ont appris l’histoire de la mode et le secteur, les silhouettes types pour
conseiller les clients selon leur morphologie, les matières textiles, l’agencement des boutiques, la gestion des stocks, etc. « Le caractère innovant de cette formation
est lié au fait qu’elle se fait en interne, insiste Hélène Maréchal. De ce fait, elle est accessible à nos salariés qui, à l’extérieur, ne sont jamais sûrs d’obtenir une place
étant donné le nombre de candidatures aux formations. Cela leur permet également de travailler ensemble, de s’entraider et de mettre en pratique au quotidien
leur formation dans nos boutiques-écoles. » La qualité de cette
formation a valu à ses bénéficiaires de pouvoir présenter le certificat de qualification professionnelle interbranches (CQPI) de vendeur-conseil en magasin et, pour cinq d’entre eux, de l’obtenir en novembre 2016. Parmi eux, Delphine qui, dans la foulée, a signé un CDD d’un mois chez Camaïeu. La plupart de ses collègues ont également trouvé du travail. 

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