Que peuvent faire ensemble une directrice de réseau d'associations et une styliste Castelbajac ?Une formation inspirée des techniques commerciales de l'univers du luxe. Cette préparation opérationnelle à l'emploi collective (POEC) a pour but de doter des salariées en contrat d'insertion d'un certificat de qualification professionnelle interbranche de vendeuse conseil prêt-à-porter.
— Mélanie Mermoz INFFO FORMATION 1er Mars 2017 N°917 Du 1er au 14 mars 2017
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À priori, rien de commun entre l'univers du luxe et un réseau d'association d'insertion. Pourtant, c'est en partenariat avec de grandes maisons de couture que Tissons la solidarité, une structure fédérant 70 associations qui œuvrent dans l'insertion par l'activité économique (IAE), a conçu des formations qualifiantes a destination de salariées de ses associations adhérentes. À l'issue de la première session, sept stagiaires ont reçu, en novembre 2016, le certificat de qualification professionnelle inter-branches (CQPI ) “vendeuse conseil en magasin".
Il couronne un projet de langue haleine.

Faire reconnaitre la compétence des salariés en contrat d'insertion

Depuis la crise de 2008, le taux de retour a l'emploi des personnes employées en contrat d'insertion par les associations adhérentes baisse. "Nous avons constaté de la part des entreprises une non-reconnaissance du travail en chantier d’insertion, explique Caroline Portes, directrice de Tissons la solidarité. Ces salariés sont avant tout perçus
par le biais de leurs manques, leurs fragilités. Nous avons donc souhaité modifier leur image en mettant en valeur leurs compétences.”

L'idée de proposer une formation qualifiante a alors germé. “S'adresser aux entreprises du luxe nous a paru une évidence : leur crédibilité ne peut être remise en cause: ce sont les meilleurs!”
Deux ans ont été nécessaires pour convaincre certaines de participer.

Outre Christian Lacroix, qui est officiellement devenu partenaire de Tissons la solidarité via la création d'une griffe au nom du réseau, une autre grande maison de couture s'est investie dans le projet mais a préféré rester discrète.

Trois ans ont été nécessaires pour bâtir le programme de la formation. En 20l4, une quarantaine de personnes participaient a des préparations opérationnelles à l'emploi collectives (POEC).
"Nous avons d'abord pensé à préparer un titre délivré par le ministère du Travail, mais la formation était très théorique. Les personnes que nous accompagnons ont souvent connu l'échec scolaire. Se retrouver a l'école peut être compliqué". 
Les associations adhérentes de Tissons la solidarité étant, par leur activité, rattachées à la convention collective nationale du textile, elles cotisent auprès d'Opcalia. "Nous avons pu proposer une certification par la branche",
raconte Xavier Royer, directeur du Pôle Ingénierie et Compétences d'Opcalia. Ce sera le CQPI "vendeur/se conseil" en prêt-a-porter.

Une formatrice et un enseignement issu de l'univers du luxe

En 2016, deux formations qualifiantes commencent dans le secteur de la vente. À Belfort,
treize salariées en contrats a durée déterminée d'insertion (CDDI) de l'association lnservet participent a une POEC de 300 heures. En plein cœur de l'ancien bassin minier, a Vendun-le-Vieil, sept salariées, employées par l'association d'insertion Vestali, suivent une formation similaire.
Trois autres sessions sont déjà prévues en 20l7 (Verdun, Caen, Charleville-Mézières).

Histoire de la mode, marché, typologie des vêtements et des accessoires, présentation des matières... le panorama est complet. "Pour pouvoir bien conseiller les clientes, il faut connaître les produits", souligne Laetitia Hinz, l'une des stagiaires de Vendun-le-Vieil.

Katia Choix, la formatrice, a été styliste chez Jean-Charles de Castelbajac, directrice des collections et responsable "visual merchandising" chez Emilia Robba, elle fait preuve d'une grande exigence: "Nous avons dû réaliser un book matière. J'ai ainsi dû composer des tenues à partir de coton ou de « matière a effet coton ». Nous avons aussi dû réaliser des planches de style thématiques en associant vêtements et accessoires", détaille Delphine Prommier, ex-stagiaire.
Pour cette ancienne “femme au foyer", cette formation est une véritable découverte. “Je ne
connaissais rien a la mode, je ne m'y intéressais pas du tout, d'ailleurs", s'amuse celle qui reconnaît "oser beaucoup plus dans sa manière de s'habiller. La formation a aussi permis aux participantes de découvrir des notions de merchandising (disposition des portants, camaïeu de couleurs, etc.". Les notions enseignées ont pu être mises en pratique au sein du magasin de l'association.

Les stagiaires sont passées devant un jury de professionnels de la mode et leur formation a été certifiée par le cabinet Texageres.

“Je me sens beaucoup plus sûre de mai, car je connais les produits, se félicite Laetitia Hinz. Cette connaissance a été remarquée par les recruteurs."
Dès l'obtention de son COPI, elle a pu enchaîner des CDD pour surcroît d'activité, chez Zara France et Camaïeu.

DU LUXE À LA RETOUCHERIE

Tissons la solidarité a aussi proposé, via une préparation opérationnelle collective (POEC), une formation "couture retoucheuse". Elle dure 270 heures, sur six mois. Le formateur est issu de l'univers du luxe. Emmanuel Aubry, designer, a travaillé chez Thierry Mugler et Christian Lacroix.

En 20l6, quatre POEC ont été menées a Verdun, Belfort, Vendun-le-Vieil, entre autres, auprès de 49 salariées en CDDI.
À la différence de la formation "vendeuse conseil en magasin", la formation “couture retoucheuse" n'est pas validée par une certification. “Le titre « fabricant sur mesure » comporte l ‘apprentissage du patronnage. lI est obsolète, pas du tout adapté au marché de l'emploi actuel où les postes en couture sont essentiellement situées en retoucherie". juge Caroline Portes, directrice de Tissons la solidarité.